Des réseaux et un centre de ressources agricole et rural

 

Entendez !

Dans nos

Campagnes,


Face
au Covid 19...
Les forces vives
de
l'agriculture

 

Nous avons vraiment ressenti le besoin d’expliquer, de rassurer


 « Dans notre magasin, le port du masque et des gants pour les salariés est de rigueur. Au niveau des consommateurs, pour la plupart des clients fidèles, nous les avons vu rassurés par la taille du magasin et le niveau d’approvisionnement. Cependant, nous avons eu aussi des clients très inquiets et alarmistes qui nous demandaient, par exemple, des règles plus strictes de circulation. 

Du coup, nous avons vraiment ressenti le besoin d’expliquer, de rassurer. Les visites sont moins fréquentes mais le besoin et les envies de cuisiner plus importantes semble-t-il. Ce qui explique l’augmentation importante du panier moyen. 

Même si nous avons eu quelques problèmes d’approvisionnement de la part de certains des producteurs, nous avons globalement bien maintenu le niveau d’approvisionnement. Ceci alors que nous étions dans une période charnière, entre la fin des produits d’hiver et les produits de printemps. 

Maintenant que nous sommes en déconfinement, les nouveaux clients semblent rester en partie. » 

Thierry GUEYTTE- Magasin de producteurs « Naturellement Paysan » – Vaucluse 

Nous travaillons avec des êtres vivants, nous sommes obligés de nous organiser pour nous en occuper 



Entre nous, nous ne portons pas de masques, nous nous disciplinons pour ne pas aller trainer à droite et à gauche. Dès qu’il y a l’inséminateur, le vétérinaire ou une autre personne extérieure à la ferme qui vient, nous portons tous des gants et des masques.

Nous devions recevoir un stagiaire dans 15 jours mais nous avons préféré annuler finalement car cela nous semblait trop compliqué de tout désinfecter à chaque fois.

Mon employeur bricole beaucoup et les pièces étaient livrées donc nous n’avons pas eu de souci pour les pannes de matériel. Des stocks avaient été livrés par chance quelques jours avant le confinement donc nous avons pu tenir un mois.

La principale difficulté que nous avons rencontrée a été pour les semis de printemps : dans l’idéal il aurait fallu une troisième personne mais nous n’avions pas envie de contaminer l’élevage et nous savions que peu de personne étaient disponibles et que nous aurions des difficultés à la trouver. Cela a apporté une grosse charge de travail mais ce sont des broutilles par rapport à l’essentiel du travail. »

Nicolas MARY - salarié agricole en élevage laitier– MANCHE 

Nous travaillons avec plusieurs prestataires.
Cela nous a sauvé


« Pour moi, deux choses importantes ont changé : la masse salariale et les gestes barrières. Le respect de ces derniers est parfois compliqué dans certains secteurs. L’exploitante à mis à disposition des masques et des gants en nitrile afin que les salariés soient protégés pendant le travail et en externe. Notre chance ici est de travailler chez des propriétaires réactifs et dont les finances permettent d’encadrer au mieux leur personnel. Ce n’est pas le cas de tous les domaines viticoles. Certains plus modestes rencontrent des difficultés.

Par ailleurs, depuis plusieurs années, il y a un manque de main œuvre sur les postes de chauffeur-tracteur et de vigneron. De moins en moins de personnes veulent travailler dans les vignes. Aussi, nous employons généralement de la main d’œuvre étrangère. Mais ces personnes ont rentrer chez elles avec la crise et nous nous sommes retrouvés en sous-effectif au moment des périodes critiques de l’épamprage et du relevage.

Si nous n’effectuons pas ces tâches correctement et dans les temps cela aura des conséquences sur la production. Aussi, nous avons sollicité le personnel pour faire davantage d’heures et j’ai réaffecté quelques personnes qui normalement sont au chai. Nous travaillons aussi avec plusieurs prestataires, ce qui nous a permis d’avoir un peu de temps de salariés chez chacun d’eux. Cela nous a sauvé.

Depuis le déconfinement, j’ai constaté un petit relâchement. Nous avons besoin de redonner les bons gestes à adopter. Il faut constamment y penser si on veut bien faire. »

Olivier CHALAUD – chef de culture viticole – GIRONDE

© Crédit photo : Isabelle Rosenbaum

 Avec mes employeurs, dès le début nous avons mis en place
un protocole de protection
 


« Le confinement n’a pas changé grand-chose à mon travail. Il suffit de s’organiser. Avec mes employeurs, au début nous avons mis en place un protocole de protection et après ça a roulé. Chaque salarié qui part prend des lingettes et nettoie le matériel et/ou porte des gants. Nous avons aussi du gel hydroalcoolique et des produits pour désinfecter. J’ai un masque à disposition, je l’utilise si nous sommes plusieurs dans le tracteur ou dans la voiture de société.

J’ai l’habitude de travailler avec un masque pour les fonds de cellule donc ce n’est pas compliqué pour moi de le porter. Mes employeurs m’ont également fourni une dérogation pour que je puisse me déplacer sur les différents sites de l’exploitation. Nous avons encore des échanges avec les organismes extérieurs, nous nous lavons les mains avec notre petit pot de gel, nous réceptionnons le matériel et les colis à distance des personnes.

Nous ramenons notre gamelle tous les midis, alors qu’avant nous partagions régulièrement un repas au restaurant Peu de monde dans mon entourage a été affecté. Je travaille dans deux fermes différentes, je côtoie 4-5 personnes sur chaque ferme donc je fais attention à ne pas l’attraper ou le donner moi-même. »

Daniel BOIS – salarié agricole grandes cultures– EURE ET LOIR


Pour aller plus loin... Conseils sur les gestes à adopter pour désinfecter le matériel

  On a loupé le coche de la livraison à domicile 


  « Sur notre plateforme, la vente aux particuliers reprend, en compost et en paillage. Au début du confinement, on devait surtout penser à faire les attestations pour les salariés de la ferme, c’était un peu folklorique !

On a été fermé aux particuliers jusqu’au 11 mai. On aurait pu recommencer plus tôt comme les jardineries. Mais on a surtout loupé le coche de la livraison à domicile ; par manque de temps.

Lors de notre réouverture, nous avons fait le marquage au sol et un affichage des consignes de sécurité sanitaire à respecter. Les gens ont même pris l’habitude de prendre leur propre pelle et leurs gants. Aussi, nous avons eu beaucoup de travail et de ventes.

Pour la plupart des composteurs, il y a eu un arrêt brutal d’apports de déchets verts qui a fortement ralenti l’activité et entraîné un manque de chiffre d’affaire important. Chez nous, globalement, si le compostage de déchets verts a diminué, le compostage de boues a pu se contenir grâce à l’utilisation des refus de compostage et de sciure comme structurants. 

Cette pause dans l’activité a permis de se mettre à jour, d’avoir un peu plus de temps pour les enfants, alors que c’est aussi une grosse période de travail dans les champs. D’ailleurs les tours de plaine collectifs ont repris mais ça manque de convivialité. Il faudra des semaines pour que cette convivialité revienne. » 

Julien CHRISTIAENS – Composteur et Céréalier – INDRE 

Les salariés agricoles ne sont pas reconnus par les autorités, nous n’avons pas assez de protection


 « Depuis le début du confinement, sur l’exploitation où je travaille, il n’y a pas eu beaucoup de changements. Seulement quand on trait à deux, on met des gants, on se tourne le dos et on désinfecte l’extérieur du tank pour le laitier quand il vient. Quand il y a des personnes qui viennent à la ferme ou quand je vais à la coopérative ou autre, je fais attention de ne pas m’approcher trop près. Dans le Calvados, on a beaucoup moins de cas de coronavirus que dans d’autres régions. Je connais quelques salariés et agriculteurs qui ont eu le virus et heureusement ils s’en sont sortis. 

Les salariés agricoles ne sont pas reconnus par les autorités, alors que nous sommes, avec les agriculteurs, les premiers acteurs qui nourrissent la population. Nous n’avons pas assez de protections. Si nous, les salariés agricoles, nous attrapons le virus, il y aura une crise qui sera plus dure que la crise actuelle. 

Dans notre association des salariés agricole du Calvados tout est à l’arrêt. Si ça se trouve on va faire une année blanche. C’est déjà dur financièrement et dans ces conditions nous ne pourrons pas continuer l’association ».

Philippe LECANU – salarié agricole – CALVADOS 

 

    Il y a une grande hétérogénéité d’accès aux outils informatiques et 
    réseaux sociaux


 « Au niveau de l’activité des agriculteurs adhérents de notre ADARTH, globalement ça se passe bien. Quelques-uns sont en drive fermier ou en vente directe. Leur activité a augmenté, entrainant une hausse de revenu, mais rien d’extraordinaire. Pour beaucoup, c’est surtout une période où il y a une forte activité dans les champs. Aussi, la mise en place de tours de champs virtuels, par la Chambre, aide à suivre l’info technique du moment.

Au niveau du fonctionnement de notre groupe en revanche tout n’est pas encore calé. On travaille beaucoup en réunion téléphonique ou par mail, mais en ce qui concerne l’accompagnement spécifique des éleveurs, les formations ont été reportées. Après un temps de sidération, on s’est aperçu que passer nos journées devant l’ordinateur, ça n’était pas adapté aux éleveurs. On souhaiterait plutôt des messages ou des formations techniques par vidéo, et peut-être créer un groupe WhatsApp, avec un conseiller dans le groupe, afin d’échanger en direct sur la technique, tout en gardant un côté humain qui manque. Il ne faut pas que ça dure trop longtemps car c’est compliqué de retrouver ces échanges informels qui n’existent plus et qui font le lien d’un groupe. Avant on misait dessus.

Le problème c’est qu’il y a une grande hétérogénéité d’accès aux outils informatiques et aux réseaux sociaux, par les agriculteurs. Ce n’est pas qu’une question d’âge. Parfois on est surpris. Et en plus, il faut savoir choisir les outils. Certains prennent énormément de temps ou sont très intrusifs»

Damien CARLIER – polyculteur éleveur – NORD 

 Je contaste des comportements extrêmes face au Covid...


 

 « Je constate que mes deux salariés sont contents de venir travailler. Ils préfèrent nettement travailler que rester confinés. Ainsi, dès la deuxième semaine de confinement, l’un de mes salariés m’a proposé de venir travailler, le samedi alors que ce n’était pas prévu pour avancer un chantier de pose de clôtures. 

Même dans une situation d’urgence où la distanciation n’a pas été possible, lorsqu’il a fallu changer la génératrice du méthaniseur et se retrouver à trois dans un container de trois mètres carré, on y est allé avec nos masques.

En revanche, on reporte les travaux dangereux qui ne sont pas urgents comme la coupe de bois, pour ne pas avoir à se retrouver aux urgences de l’hôpital On applique les gestes barrières mais on fait presque comme avant : le laitier caresse le chien quand il arrive…

Et d’un autre côté, il y a des gens qui sont complètement bloqués, qui n’arrivent plus à rien faire alors quavant ils étaient très actifs. Il n’y a rien à y faire, ils ont peur. » 

Cyril TARDY - Méthaniseur, éleveur bovin lait, polycultures – Haute-Saône

Je commence à avoir des difficultés à m’approvisionner


 « Je suis actuellement sur un chantier (un agriculteur qui rénove sa porcherie) et aujourd'hui on a coulé une dalle de béton. J'ai décidé de ne pas m’éparpiller je ne fais que ce chantier, les autres sont suspendus ; Je fais aussi les tontes des jardins où je fais en sorte de ne voir personne

Pour le chantier agricole, je travaille avec le client et son salarié. L’exploitation travaille normalement, on fait juste en sorte que personne ne traîne partout, que personne ne cherche à voir d'autres gens. On sort le moins possible, on travaille en vase clos. Pour ma part je commence à avoir des difficultés à m’approvisionner, c'est compliqué même pour avoir une boite de boulons... 

Je pense qu’en agriculture il n’y a pas de changements dans les habitudes. Les agriculteurs sortent moins mais je ne sais pas s'ils ont pris la mesure de la gravité de la situation. Les voisins qui viennent atteler du matériel de la CUMA, viendraient presque pour taper la causette. Je me demande comment ça va se passer pour l'ensilage et le repas d’ensilage tant attendu... » 


Alain CAZALS – administrateur de l’association des salariés agricoles, autoentrepreneur proche du monde agricole – AVEYRON

  Face au manque de main d’œuvre, on s’adapte mais on prend  
  du retard
 


« Habituellement à cette période de l’année, nous faisons appel à des espagnols mais du fait du Covid, nous adaptons nos manières de travailler à ce défaut de main d’œuvre, qui se répercute dans tous les domaines. 

Ainsi, on fait des semis moins réguliers ; notre secrétaire travaille de chez elle, les commerciaux prennent des congés puis travaillent à la production pour ne pas être au chômage. 

Nous mettons à disposition du savon, du gel et des masques à volonté s'ils veulent les mettre (ce qui n'est pas le cas de beaucoup de monde). Nous désinfectons les bureaux toutes les 2h : portes, etc. ... Surtout on demande de respecter les distances, ce qui n'est pas trop compliqué dans les champs. Mais on ne fait plus de covoiturage 

Il y a des moments où ce n'est pas facile, par exemple quand on fait de la mécanique on ne peut pas toujours être à 1 mètre de distance. On fait aussi plus de route que d'habitude parce qu'il y a peu d'hôtel et aucun restaurant. Le plus gênant c'est pour avoir des garages ouverts et des pièces détachées. Pour le matériel agricole il faut appeler pour avoir une pièce, ils mettent le matériel à la porte donc pas de possibilité de discuter. Nous avons aussi des difficultés pour avoir accès aux petits artisans donc on prend du retard dans le boulot. Le travail est très chargé autant que d'habitude, à cette période» 

Yves Lefèvre – Salarié agricole – Oise 

Pour aller plus loin.. Contactez « Terre 2 Cultures » association pour l’intégration des réfugiés cultivée par l’Agriculture - 75014 Paris - 06 74 82 60 99 - terre2cultures@gmail.com - Facebook : @terre2cultures

  On a besoin de se faire tester et ne pas redémarrer comme avant 


 « Je suis malade comme 2-3 autres personnes sur l'exploitation. On est rentrés chez nous sans savoir si c'est une simple grippe ou le Covid 19 car on a aucune possibilité de se faire tester. Ceci alors que j'ai la responsabilité d'une exploitation et une trentaine de personnes.

On a cependant mis en place l’utilisation d'alcool à 90° diluée qui est pulvérisée sur toutes les surfaces et sur tout ce que les gens touchent. On a appliqué ce qu'on nous a dit. Plus de café en commun « cool pour les relations sociales » ; ni de transport en commun « cool pour le climat ! »

Aujourd’hui, on a besoin de faire des tests pour sortir de cette situation et envisager quelque chose de nouveau, pour redémarrer autrement avec un autre modèle, économique, sociétal, environnemental... Collectivement, il faut faire quelque chose et ne pas repartir comme avant.

Des pistes de réflexions proposées par des spécialistes de l'énergie, comme Jean Marc Jancovici, me semblent être une bonne base pour repenser notre modèle agricole et sortir de la dualité stérile entre l'agriculture conventionnelle et l’agriculture biologique »

Freddy MERKLING –Lycée Agricole- Méthaniseur, élevage bovin viande spécialisé et culture des ventes dont 50% Bio – BAS-RHIN 

 

Pour aller plus loin …. Conférence de Jean Marc JANCOVICI - associé fondateur de Carbone 4  « Le climat dans lequel je suis né est perdu à jamais ». Voir la vidéo
 

Le plus difficile, c'est la distanciation


  « Là où il faut faire attention, c'est de garder ses distances et le côté convivial du métier est plus relatif du coup. Dans ma région, nous ne sommes pas encore trop touchés par le Covid. La semaine dernière, j'ai remplacé un agriculteur suspecté d'avoir le virus mais on ne sait pas si c'était vraiment le cas. Le rythme au service de remplacement est le même qu'habituellement. La seule différence c’est que, comme les opérations non urgentes sont reportées, les arrêts maladie sont allongés. Par exemple, personnellement, je ne peux pas aller chez l'ostéopathe, on me met sous anti-douleurs et si cela ne suffit pas, je finirai par passer en arrêt de travail.

Il pourrait être intéressant d’offrir un service minimum en ostéopathie pour soulager certaines personnes et éviter des arrêts maladie ou l'utilisation d'anti-inflammatoire (qui sont à éviter avec ce virus). Des services hospitaliers qui étaient fermés vont rouvrir avec la diminution des arrivées en réanimation.

Nous avons quelques jeunes en formation qui peuvent intervenir ponctuellement pour renforcer le service de remplacement. Je travaille dans des exploitations en élevage. On ne m’impose pas le port de masque pour le moment, si on me le demande je le ferai. Je travaille déjà habituellement avec des gants pour la traite notamment. Les vêtements de travail que j'utilise restent sur l'exploitation. Ce n’est pas un handicap car je l'ai toujours pratiqué. Le plus difficile c'est la distanciation sociale. »

Dominique BOUCHEREL – salarié en service de remplacement – LOIRE-ATLANTIQUE 

 

Le réseau des Magasins de producteurs de PACA