Congrès national Granville 2020

En 1960, naissaient les premières Asavpa (Associations de salariés pour la vulgarisation du progrès agricole) pour aider les salariés agricoles à sortir de leur isolement. Sur 60 ans, elles ont travaillé sur l’émancipation des salariés, l’emploi partagé, la promotion des métiers, les relations humaines, l’information professionnelle… Elles s’appellent aujourd’hui les Associations de salariés agricoles.

 

Des professionnels engagés

Aujourd’hui, l’agriculture française ne pourrait pas fonctionner sans salariés agricoles, en élevage, en grandes cultures, en viticulture, en arboriculture… L’agriculture a beaucoup évolué, les métiers de l’agriculture aussi. Jean-Luc Poulain, président du Salon de l’Agriculture, indiquait en ouverture de l’édition 2020 que « les exploitations et les entreprises du monde agricole ont besoin de personnes motivées qui s’engagent ». Les salariés agricoles, administrateurs ou présidents d’associations, ne manquent pas d’engagement. Dans le Morbihan, le Tarn, la Somme, l’Eure-et-Loir, la Manche…, ils retroussent tous les jours leurs manches pour aller à la rencontre des salariés sur les exploitations. « Notre association dessalariés agricoles de la Manche compte 180 adhérents, explique Nicols Mary, chef d’élevage. Nous organisons des formationset des journées techniques ou de prévention qui constituent des points de rencontres entre salariés agricoles » ».

 

Une catégorie professionnelle en tension

Le nombre de salariés agricoles ne cesse d’augmenter, mais c’est une catégorie professionnelle qui reste mal connue. C’est aussi un secteur en tension. « Les salariés agricoles sont des professionnels bien formés, et d’autres secteurs d’activité comme les travaux publics, recherchent leurs compétences », a expliqué Eric Passetemps, salarié en élevage porcin et président de l’association nationale. « Nos associations ont un rôle à jouer dans la dynamique de l’emploi car elles sont très bien placées par leur ancrage territorial et leur connaissance de ces professions ».

 

Se remettre en question

Lors de ce congrès 2020, les débats ont porté sur la situation actuelle du réseau qui connaît des difficultés. Les participants ont aussi tracé des pistes d’avenir. Michel Marcoul, salarié forestier et président de l’association tarnaise, indiquait : « Les temps changent, ce qui fonctionnait bien il y a 10 ou 15 ans ne marche plus obligatoirement aujourd’hui. Nous devons en permanence nous remettre en question et inventer de nouvelles actions pour toucher les salariés agricoles, mais aussi nous faire connaître des jeunes en formation ».

 

Des salariés agricoles partenaires des agriculteurs

Unetable-ronde a été organisée avec des représentants de l’Association des salariés agricoles de France, Trame[1], de la Fédération nationale des Geda[2], de la MSA Côtes Normandes, de la Chambre d’agriculture de Normandie et du groupe Avril[3].

Elle a pointé du doigt les nécessaires complémentarités entre agriculteurs et salariés agricoles sur les exploitations. « Dans cette période de transition agro-écologique, les agriculteurs ont besoin de salariés agricoles formés, partenaires du fonctionnement de nos entreprises », a expliqué Francis Claudepierre, éleveur laitier bio en Meurthe-et-Moselle, président de Trame et de l’Association des Agriculteurs Méthaniseurs de France.Les débats ont aussi mis en lumière la limite floue entre les statuts d’agriculteurs et de salariés agricoles, les fonctions au quotidien étant souvent les mêmes. Les participants se sont accordés à dire que, dans les actions de promotion, il fallait d’abord parler de métiers avant de parler de statuts juridiques. Etienne Gautronneau, agriculteur dans la Sarthe et vice-président de la FNGeda, a ainsi indiqué « qu’il serait mieux de penser actifs agricoles qui vivent sur un territoire rural et qui le font vivre ».

 

Reconnaître la valeur économique et humaine du salariat agricole

Les travaux et les échanges n’ont pas manqué de rappeler la situation de crise que connaît l’agriculture française, ce qui a des incidences sur l’emploi, le recrutement et la fidélisation des salariés agricoles.Les participants au congrès ont plusieurs fois rappelé que « la profession agricole doit donner sa vraie place aux salariés de la production et reconnaître leur valeur économique et humaine : les salariés agricoles ont besoin des agriculteurs, et inversement ».

 

De l’avenir, encore et encore !

Comme l’avis de tempête qui soufflait le jour du congrès sur Granville, l’avenir des seules associations de développement pour les salariés agricoles n’est pas au grand beau temps. Mais il est loin d’être sombre, comme l’a expliqué Dominique Boucherel, salarié de remplacement en Loire-Atlantique : « Nous nous battons pour le devenir de nos associations ! Il faut toujours avoir l’esprit positif. Même dans des périodes difficiles, il y a toujours une lueur d’espoir. Je dirais même que c’est plus qu’une lueur. Il y a encore un avenir pour nos associations de développement agricole pour les salariés de la production. Demain, l’avenir de l’agriculture passera par les salariés agricoles. »

 

Un nouveau projet sur l’emploi salarié

En fin de congrès, Eric Passetemps, entouré d’une équipe soudée et motivée, a été réélu à la présidence de l’Association des salariés agricoles de France. « Ces deux dernières années ont été largement axées sur la reconnaissance et la visibilité de notre réseau. Nous avons rencontré de nombreux interlocuteurs du monde politique et institutionnel. Nous devons poursuivre ce travail de lobbying, renforcer la mise en réseau des associations départementales. Nous souhaitons porter un grand projet sur l’emploi salarié agricole. Mais nos associations ne pourront pas travailler seules. Ce travail doit être mené avec les réseaux employeurs de Trame et des réseaux partenaires. Nous devons réussir à impliquer tous les acteurs concernés directement ou indirectement par le salariat de la production agricole ». Le message semble avoir été entendu, les participants de la table-ronde ayant appelé à travailler intelligemment, ensemble, pour assurer la pérennité du réseau des associations de salariés agricoles.

 

Christophe Leschiera

Responsable de la communication de Trame

 

 

                                                                                           

 

 

 

 

[1] trame.org

[2] fngeda.org

[3]Avril un groupe agro-industriel et financier, présent en France et à l’international, dans des métiers de l’amont à l’aval de la filière. Il s’appuie sur un portefeuille de marques reconnues comme Sanders, Lesieur, Puget, Costa d'Oro, Bunica, Matines, Taous, Diester, Oleo10

 

 

 

 

 

 

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Portraits de participants

Rédigés par Christophe Leschiera, Responsable de la communication de Trame

 

 

« Notre réseau a encore de l’avenir »

Nicolas Mary (Manche)                                 

« Je suis responsable d’élevage. Cela veut dire que je suis salarié en polyculture-élevage, je travaille sur une exploitation laitière avec des ateliers taurillons et volailles. Notre association de salariés agricoles de la Manche compte 180 adhérents. Nous organisons des formations ce qui permet de créer des points de rencontres entre salariés agricoles. Nous participons aussi à des actions de promotion des métiers. Nous diffusons des informations professionnelles et de prévention dans notre bulletin régional « Le lien normand ». Nous sommes ravis d’avoir accueillis le congrès national des salariés agricoles. Nous sommes toujours contents d’aller chez « les copains » dans d’autres régions. Mais il faut aussi savoir recevoir, c’est l’effet réseau ! Et c’est aussi l’occasion de montrer à nos partenaires que le département de la Manche est vivant, que l’association continue de fonctionner. Ce congrès nous a permis de refaire un tour de nos partenaires, de renouer des contacts et de discuter de nos projets.

Savoir quel est l’avenir de notre réseau est une question piège. Le souci pratique, c’est que nous dépendons trop des partenaires. Tant qu’ils nous soutiennent, tout va bien. Le jour où ils arrêtent, nous sommes en difficulté. Mais notre réseau est loin d’être mort, il a encore de l’avenir. Nous sommes nombreux à ce congrès de Granville pour chercher des pistes pour le futur. L’agriculture a besoin des salariés agricoles, et les salariés agricoles ont besoin de nos associations pour se retrouver. »

 

 

« C’est le congrès de notre avenir ! »

Dominique Boucherel (Loire-Atlantique)