Les employeurs ont l'obligation d'informer les salariés sur les risques présents dans l'entreprise

Notre enquête sur la santé/sécurité réalisée auprès de salariés agricoles soulève le manque d'information des risques présents sur les postes de travail par les salariés. Seulement 40% des salariés enquêtés sont informés des risques, et une majorité de 60% disent n'avoir été à aucun moment avertie des risques.

Lorsqu'ils sont informés, c'est au travers de moyens plus ou moins efficaces : affichages, réunions d'informations, formations, ou simplement évoqués par l'employeur à l'oral. Le document unique ou DU, bien qu'obligatoire, n'est même pas toujours présent (lire l'article ci-dessous pour en savoir + sur le DU).

La plupart des salariés informés sont dans des structures avec plusieurs salariés. Est-ce qu'une structure soumise à plus de contraintes en terme de sécurité au travail se préoccupe plus de cette sensibilisation ? Que cela soit par réelle motivation de l'employeur ou par crainte de contrôle, l'information ou le rappel des règles de sécurité est bien nécessaire, car il n'est pas rare d'entendre :

 « Je travaille sur les exploitations depuis l'âge de 14 ans, les risques sont toujours les mêmes ». N'est-il pas inconscient d'affirmer cela alors même que les accidents arrivent souvent quand on s'y attend le moins ?

Du côté des formations initiales, les étudiants disent qu'il n'y a pas ou peu d'interventions sur la santé et sécurité durant leur scolarité. Ils rapportent tout de même qu'ils sont majoritairement avertis des risques ou portent des équipements de protection lors de leurs stages. La sensibilisation y est sans doute pour quelque chose dans cette évolution des moeurs.

 

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Le Document unique d'Evaluation des Risques Professionnels (DUERP ou DU)

Le DU a été mis en place pour lutter contre les accidents du travail. Il a été rendu obligatoire depuis 2011 pour toute entreprise employant plus d'un salarié.

Il consigne les risques pour la santé et la sécurité de tous sur le lieu de travail. Il porte sur les procédés, les équipements, les substances ou préparations chimiques utilisées, mais également l'aménagement des installations et la définition des postes de travail.

Document unique

Pour sa réalisation, une évaluation des risques est conduite afin de déterminer des niveaux précis de probabilité et de gravité (voir le tableau ci-dessous). Puis l'établissement d'un plan d'action dégage les mesures de préventions qui doivent être mises en place dans la réalisation des différentes activités de l'entreprise.

L'élaboration d'un DU se fait en concertation entre l'employeur, les travailleurs et leurs représentants s'ils existent.

Ce document doit être révisé annuellement et bien-sûr après chaque modification importante de l'aménagement des conditions de travail, et doit être compréhensible par tous et facilement consultable.

Méthode d'évaluation du risque

Explications :

On caractérise un risque par son degré de gravité, de A (négligeable) à D (majeur), et par la probabilité de se passer (de 1, improblable, à 4, inévitable). Les croisements de ces caractéristiques donnent des zones de risques tolérables (zone verte), modérés (zone jaune), substentiels (zone orange) et intolérables (zone rouge). Le plan d'action priorisera les risques intolérables puis substentiels jusqu'aux niveaux de risques moindres.

 

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Comment les salariés agricoles perçoivent la sécurité au travail ?

Une enquête auprès des salariés agricoles de Midi-Pyrénées par des étudiants en licence professionnelle

 

Dans le cadre du projet pluriannuel mené par les  ASAVPA de Midi-Pyrénées « Bien dans son métier 2014-2020 », la Fédération Régionale des ASAVPA s'intéresse tout particulièrement en 2015 aux questions de santé et sécurité au travail, qui sont des aspects concrètement présents dans la vie quotidienne de tout salarié : la pénibilité, le stress, l’usure professionnelle, la perception du risque...

L’objectif est de donner la parole aux salariés quant à ce qu’ils vivent au quotidien, mieux connaître leur perception du risque ou de la prévention, recueillir leurs témoignages, leurs remarques ou leurs conseils.

 

 

La première étape de ce projet a été confiée à quatre étudiants de licence professionnelle du Lycée agricole d’Auzeville (31) qui se sont investis depuis plusieurs mois dans la réalisation d'une enquête : depuis l'élaboration des questions et la rédaction du questionnaire, à la prise de contacts téléphoniques auprès d'une sélection de salariés agricoles en vue d’une réponse anonyme en ligne sur une page Internet dédiée.

Le questionnaire a pu être testé en préalable avec quelques salariés afin de préciser quelques points. Les enquêteurs ont veillé à choisir divers types de publics en vue d’observer si cette vision du risque ou de la santé au travail varie avec l’âge ou les années d’expérience. En effet, une étude récente de la MSA montre que 20% des accidents du travail concernent les moins de 25 ans et que la fréquence d’accident est plus élevée dans les premiers mois où l’on travaille dans une entreprise.

Les étudiants ont veillé à aborder tant l’aspect de la santé physique que la santé psychologique, à cerner ce que l’on pourrait appeler le bien-être au travail, l’usure ou la pénibilité, et quel rapport avaient les salariés avec les Équipements Individuels de Protection (EPI).

Un autre aspect de l’étude est de distinguer les risques immédiats visibles et facilement constatables (se blesser avec une prise de force, se retourner avec le tracteur, se blesser avec une tronçonneuse...) des risques à long terme, ceux dont on ne constate que bien plus tard les conséquences (mal de dos, surdité, empoisonnements par produits toxiques, tendinite...) ; sur ces derniers, il est souvent un peu trop tard pour agir lorsqu’on s’en rend compte.

Cette phase est désormais achevée. Les étudiants nous ont fait retour d’un accueil très positif des salariés consultés sur ces questions et d’une attente forte en ce domaine.

Le dépouillement et l’analyse des résultats sont en cours. Une restitution publique est déjà programmée le samedi 20 juin, au matin, à Castanet-Tolosant (31) dans le cadre de l’Assemblée Générale de la  F.R.ASAVPA, en vue d’en tirer quelques propositions d’actions concrètes.